le 30 juillet, 2010
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Rejet définitif et mondial de la commercialisation de la biotechnologie du blé
Déclaration d’organisations d’agriculteurs, d’environnementalistes et de consommateurs du Canada, des É.-U., et d’Australie.
le 1er juin 2009
Résumé de la déclaration :
Étant donné notre expérience jusqu’à présent des manipulations transgéniques, et puisque nous prenons acte du refus mondial du blé OGM exprimé par les consommateurs, refus que nous appuyons, nous réitérons notre opposition définitive au blé génétiquement modifié, et nous renouvelons notre engagement à empêcher la commercialisation des caractères transgéniques dans nos cultures de blé. Nous nous engageons à travailler avec les agriculteurs, les groupes de la société civile et les peuples indigènes du monde entier sur le chemin qui nous conduira à la souveraineté alimentaire internationale.
Déclaration complète :
Afin de réitérer le rejet décisif et international du blé génétiquement modifié (OGM), rejet dont le point culminant a coïncidé avec le retrait par Monsanto en 2004 de ses demandes de commercialisation du blé OGM auprès des gouvernements canadiens et américains; et afin de mettre définitivement un terme aux tentatives faites par Monsanto et d’autres géants de la biotechnologie pour introduire le blé transgénique sur le marché, les organisations soussignées émettent conjointement la déclaration suivante:
1. Le blé est une céréale dont la culture très ancienne joue un rôle indispensable dans la satisfaction des besoins alimentaires de plusieurs sociétés, et il revêt une signification profonde pour de nombreuses cultures religieuses. Le blé est une des trois cultures vivrières (les deux autres étant le riz et le maïs) qui, à elles trois, constituent les deux tiers de l’alimentation de la population mondiale. Au fil des siècles, les agriculteurs ont mis au point une énorme quantité de variétés très différentes de blé, dont plusieurs sont adaptées aux sols et aux conditions climatiques de certaines régions du monde. Ces variétés obtenues localement sont indispensables pour assurer l’approvisionnement local en nourriture en cas de catastrophes liées à des phénomènes climatiques. À partir de ces variétés locales, des cultivateurs et des chercheurs gouvernementaux du Canada, des É.-U. et d’Australie ont uni leurs efforts pour sélectionner des variétés adaptées aux conditions locales et convenant aux marchés appropriés. Quant aux entreprises semencières multinationales, elles n’ont joué qu’un rôle fondamentalement négligeable dans le développement des semences de blé de ces pays et des autres parties du monde.
2. Les succès remarquables que les agriculteurs et les scientifiques ont remportés depuis des générations dans l’amélioration du blé, ils les ont obtenus sans avoir à recourir à des OGM ou à utiliser des brevets. Tandis que les agriculteurs et les sélectionneurs continuent de montrer le chemin de l’innovation en utilisant des méthodes traditionnelles ayant fait leurs preuves dans la sélection de variétés nouvelles de blé, il n’existe pas actuellement de caractères génétiquement modifiés, prêts à être utilisés par l’industrie, dont on peut dire qu’ils promettent des améliorations. La vérité est que le seul caractère OGM dont on a recherché l’autorisation pour le blé concerne la tolérance à l’herbicide glyphosate, conçu non pas pour accroître les rendements, mais pour simplifier l’application de l’herbicide en question. Loin d’offrir des outils capables d’atténuer le problème de la faim dans le monde, le génie génétique représente une menace directe à la sécurité alimentaire internationale. L’utilisation du génie génétique a pour résultat la contamination des variétés de semence, en plus de poser une menace décisive à l’agriculture biologique et à la production des variétés culturales sélectionnées spécialement en fonction des conditions locales. Pire encore, la mise en marché du blé OGM mettrait l’approvisionnement en semences de blé entre les mains d’une poignée de sociétés multinationales, comme ce fut le cas lors de l’introduction du soja, du maïs et du canola OGM. Pendant la récente crise alimentaire, ces firmes ont d’ailleurs utilisé leurs positions oligopolistiques pour augmenter radicalement le prix des semences et des produits agrochimiques. Cependant, les producteurs de blé des États-Unis, d’Australie et du Canada ont été moins affectés par ces augmentations de prix parce qu’ils avaient le droit de mettre des semences de côté en plus d’avoir accès aux variétés publiques. Pour sa part Monsanto, le plus grand producteur au monde de semences transgéniques, a accru ses profits de 120 % durant l’année 2008. Il est d’ailleurs à noter que depuis l’introduction des cultures OGM en 1996, le nombre d’êtres humains qui souffre de la faim sur la planète a explosé, passant d’environ 800 millions à plus d’un milliard.
3. On pourrait croire à première vue que la compétition due aux cultures OGM aurait pour effet de faire diminuer la superficie des emblavures destinées à la production du blé, mais il n’en est rien, car d’après un sondage de Statistique Canada réalisé en mars 2009 auprès des agriculteurs de l’Ouest canadien, ceux-ci comptent augmenter les superficies destinées à la culture du blé, de l’orge et des pois, des cultures pour lesquelles il n’y a pas de variétés transgéniques, et dont la sélection des cultivars s’effectue surtout au sein du secteur public. Le sondage a également révélé que les cultivateurs, soucieux de réduire leurs coûts de production, ont l’intention de diminuer les superficies plantées de semences de canola, lesquelles sont de nature principalement transgénique au Canada. En outre aucune preuve ne vient valider la prétention voulant que les cultures OGM permettent des rendements plus élevés.
4. Pendant trop longtemps, les sélectionneurs et les agriculteurs se sont trop étroitement appliqués à réaliser des économies d’échelle et à obtenir des rendements supérieurs. Cette stratégie s’est traduite par une augmentation du coût des intrants, et des revenus nets moins élevés chez les cultivateurs. L’obtention de rendements plus élevés a coûté cher en plus de causer des dommages à l’environnement, parce que les cultures à rendement élevé ont tendance à exiger plus d’engrais et d’intrants chimiques. L’amélioration de la qualité des cultures, plus que des rendements supérieurs, est davantage susceptible de garantir aux agriculteurs des revenus nets plus importants. Grâce aux méthodes classiques d’amélioration des variétés, il est possible d’obtenir efficacement et à un coût raisonnable des cultivars de blé de meilleure qualité, par conséquent c’est cette filière de recherche qui mérite d’être appuyée.
5. La transgenèse est une technologie très imprécise. De plus, les gouvernements réglementent mal les cultures OGM parce qu’ils se fient aux données émanant des grandes entreprises plutôt que de s’appuyer sur des publications scientifiques révisées par des pairs. Des questions complexes liées aux effets exercés par les cultures OGM sur la santé des sols, les insectes non visés et la santé humaine, demeurent mal comprises en raison de la rareté des recherches. Plus de 10 ans d’agriculture transgénique permettent clairement de tracer un bilan qui inclut des niveaux élevés de contamination irréversible aux OGM, l’existence d’une mainmise sur les semences par les firmes semencières, ainsi que la persistance des incertitudes scientifiques entourant ces végétaux. Qui plus est, des recherches menées par des organismes de mise en marché du blé (la Commission canadienne du blé et l’Australian Wheat Board), indiquent que le marché s’oppose dans une très large mesure à l’introduction du blé transgénique. Jusqu’ici, les cultures OGM se sont limitées aux cultures destinées d’abord à la nourriture pour animaux, à la production d’huile et de fibre végétale, et par conséquent elles n’ont pas été soumises à des normes d’étiquetage nationales dans plusieurs pays. Le cas du blé OGM serait cependant différent, car il serait d’abord destiné à la consommation humaine, de sorte que les denrées alimentaires issues de ce blé seraient étiquetées en tant que OGM dans plusieurs pays du monde. De plus, en cas de commercialisation du blé transgénique, la contamination suivra inévitablement et les marchés vont percevoir toutes les sortes de blé en provenance de ces pays comme étant des OGM, jusqu’à preuve du contraire. Les agriculteurs qui cultiveront du blé OGM devront prendre sur eux toutes les obligations, les charges et la responsabilité civile découlant de cette activité, avec peu de recours juridiques à leur disposition pour recouvrer leurs pertes.
6. Les compagnies semencières privées n’investissent pas dans la recherche sur le blé en raison de la forte compétition offerte par les programmes publics d’amélioration des végétaux, et aussi parce que les agriculteurs veulent continuer de pouvoir conserver des semences de blé d’une année à l’autre. La principale raison pour laquelle les entreprises semencières veulent mettre du blé OGM sur le marché est qu’avec les brevets sur les gènes modifiés, les firmes seraient à même d’empêcher les cultivateurs de garder des semences en réserve. L’introduction de brevets dans le processus de sélection des variétés de blé va avoir pour effet d’anéantir l’effort collectif historiquement consenti pour améliorer les variétés de froment, en plus de miner les importants programmes publics de sélection pour cette céréale aux É.-U., au Canada et en Australie, des programmes ayant toujours engendré des retombées impressionnantes grâce à des investissements minimaux de la part du secteur public et/ou des contributions minimales des agriculteurs. Mais ce n’est pas tout, car en février 2009, 26 chercheurs américains spécialisés dans la recherche sur le maïs ont affirmé dans un document envoyé à l’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement, que les accords sur l’utilisation de la technologie et l’intendance conclus entre les agriculteurs et l’industrie, font obstacle à la recherche indépendante.
Étant donné notre expérience jusqu’à présent des manipulations transgéniques, et puisque nous prenons acte du refus mondial du blé OGM exprimé par les consommateurs, refus que nous appuyons, nous réitérons notre opposition définitive au blé génétiquement modifié, et nous renouvelons notre engagement à empêcher la commercialisation des caractères transgéniques dans nos cultures de blé. Nous nous engageons à travailler avec les agriculteurs, les groupes de la société civile et les peuples indigènes du monde entier sur le chemin qui nous conduira à la souveraineté alimentaire internationale.
Liste des organisations signataires :
National Farmers Union, Canada
Canadian Biotechnology Action Network
Union Paysanne, Canada
Union Biologique Paysanne, Canada
Réseau Québécois contre les OGM, Canada
Saskatchewan Organic Directorate, Canada
Network of Concerned Farmers, Australia
Organic Federation of Australia
Biological Farmers of Australia
Gene Ethics, Australia
Greenpeace
National Family Farm Coalition, USA
Western Organization of Resource Councils, USA
Center for Food Safety, USA
Organic Consumers Association, USA
Personne ressource : Lucy Sharratt, coordonnatrice, Réseau canadien d’actions sur les biotechnologies, tel. +1 613 241 2267 poste 5. coordinator@cban.ca
** Cette déclaration est une réplique à la déclaration du 14 mai 2009 « Wheat Biotechnology Statement » par laquelle certains regroupements industriels d’Australie, du Canada et des É.-U. se sont officiellement engagés à synchroniser la mise en marché du blé OGM, s’appuyant sur les 6 prétentions suivantes, à savoir que le bilan du génie génétique prouve que la technologie est sécuritaire, et qu’en outre le blé OGM saura nourrir la population mondiale, sera avantageux au plan agronomique, permettra d’augmenter les rendements, d’accroître la production mondiale de blé, et offrira plus d’occasions de mener des recherches dans le secteur privé.







