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Arbres OGM

Le Service canadien des Forêts a mené des essais en champ au Québec sur des peupliers GM, au Centre de foresterie des Laurentides – des essais qui risquent déjà de contaminer les forêts du Canada. En plus de ces essais, il se mène en ce moment plus d’une centaine d’essais en champ aux États-Unis, ce qui pourrait menacer sérieusement les écosystèmes forestiers canadiens.

Les arbres GM posent un risque de contamination plus élevé que les cultures GM, en bonne partie du fait de la longévité des arbres qui s’étend sur des décennies, de la proximité d’un grand nombre d’espèces sauvages apparentées et de la propagation du pollen des arbres sur des centaines de kilomètres. On peut redouter, par exemple, que des arbres génétiquement modifiés au Bt pour résister aux insectes (comme cela se fait dans les essais en champ réalisés au Québec) contaminent les forêts, ce qui affecterait gravement la biodiversité puisque le Bt cible les lépidoptères, une source d’alimentation majeure de plusieurs oiseaux.

En mars 2006, le gouvernement canadien s’est opposé à l’appel en vue d’un moratoire mondial sur la commercialisation et les essais en champ d’arbres GM à la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB). En mai 2008, la CDB se réunira en Allemagne pour discuter d’un moratoire sur les arbres GM. Plusieurs pays dans le monde – les pays africains en tête – préconisent un moratoire.

Notions de base

Qu’est-ce que le génie génétique?

Le génie génétique (ou modification génétique) consiste à altérer le modèle génétique d’une plante en y insérant des gènes ou des segments d’ADN à l’échelle moléculaire. Contrairement au processus classique de croisement et d’hybridation, le processus de génie génétique permet le transfert direct de gènes entre organismes d’espèces ou de règnes tout à fait différents, inaptes à se croiser dans la nature.

Pourquoi modifier génétiquement des arbres?

Les principaux traits insérés génétiquement aux arbres sont la résistance aux herbicides pour vaporiser des herbicides sur les plantations sans tuer les arbres; la résistance aux insectes pour créer des arbres toxiques pour les insectes; la réduction de la teneur en lignine pour transformer les arbres en éthanol à moindre coût; la croissance plus rapide pour accélérer le cycle plantation-récolte; et la résistance au froid pour cultiver les arbres GM sous des climats plus rigoureux. Tous ces traits seraient utilisés dans des plantations industrielles. Avec le nouvel essor du marché des biocarburants, les grandes sociétés mettent au point des arbres comme source éventuelle de biomasse pour la production d’éthanol. Les principales espèces d’arbres soumises à des essais font partie de la famille du pin, de l’épinette, du peuplier et de l’eucalyptus.

Pourquoi les arbres GM posent-ils problème?

Les arbres vivent pendant des décennies et leur pollen se propage sur des centaines de kilomètres. Des modèles de pollen créés en 2004 par des chercheurs de l’Université Duke démontrent que le pollen de forêts du sud-est des É.-U. peut suivre les courants atmosphériques sur plus de 1200 km jusque dans l’est du Canada. La contamination des forêts par le pollen ou les semences d’arbres GM peut avoir des effets dévastateurs sur les écosystèmes et la biodiversité. Une fois amorcée, la contamination ne peut pas être stoppée et elle est irréversible. Les arbres GM vont contaminer les forêts qui se transformeront en contaminants, dans un cycle perpétuel de pollution vivante.

Des études récentes démontrent que les essais en champ et la commercialisation d’arbres (Bt) résistant aux insectes, toxiques pour la classe des lépidoptères, nuisent aux sols et aux écosystèmes aquatiques, en plus d’affecter les insectes non ciblés. Cela se répercute sur la biodiversité et la chaîne alimentaire de la faune indigène, y compris les oiseaux et autres organismes.

La modification génétique des arbres en vue d’accroître leur résistance au froid menace d’étendre l’impact social et environnemental des plantations à des régions plus froides, tout en favorisant la prolifération de nouvelles espèces envahissantes.

La commercialisation d’arbres résistant aux herbicides accroîtra l’utilisation de pesticides dans les plantations, avec les graves effets environnementaux qui en découlent, dont la destruction de la flore indigène et l’impact sur la santé humaine.

On peut s’inquiéter notamment des recherches intensives en vue de mettre au point des arbres à teneur réduite ou modifiée en lignine pour produire des biocarburants à base de cellulose. La lignine est un polymère structurel important (elle contribue à la solidité de l’arbre) pour protéger l’arbre des insectes et maladies. Les arbres à faible teneur en lignine seront plus sensibles aux maladies et aux insectes nuisibles, et plus fragiles lors des tempêtes de vent. La dissémination d’arbres à faible teneur en lignine et de leurs gènes par les semences et le pollen risque d’avoir un effet dévastateur sur les forêts.

Partout dans le monde, on détruit déjà des forêts naturelles en vue de faire place à de vastes plantations industrielles pour les pâtes et papier, le bois d’abattage et les agrocarburants (palmiste). Le défrichage et la monoculture affectent grandement la biodiversité forestière, ce qui accentue le réchauffement de la planète et menace la vie, le gagne-pain et la culture des peuples autochtones et des communautés forestières.

« Les arbres GM risquent de semer le chaos dans les forêts indigènes partout dans le monde. Les arbres GM affecteraient aussi la faune et les communautés rurales et autochtones qui ont besoin de forêts intactes pour leur alimentation, leur logement, leur eau, leurs moyens de subsistance et leurs pratiques culturelles. En tant que généticien, je crois qu’il y a beaucoup trop d’inconnues et de questions sans réponses pour cultiver des plantes génétiquement modifiées – arbres ou cultures vivrières – en milieu ouvert. Les arbres GM de plantations commerciales ne doivent pas être disséminés dans l’environnement, et il faut éliminer toutes les parcelles d’essai et toutes les plantations en plein air. » Dr David Suzuki

Dernière heure

* L’Université de l’État de l’Oregon a demandé à élargir ses essais en champ de peupliers GM.
* Le gouvernement des États-Unis a approuvé les premiers essais en champ d’un arbre à fleurs GM (l’eucalyptus).
* Le gouvernement des États-Unis a aussi approuvé l’utilisation commerciale d’un prunier GM (génétiquement modifié pour résister au virus de la sharka du prunier). Ce prunier a été mis au point par le Département de l’Agriculture des É.-U. même si le virus de la sharka ne pose aucun problème aux producteurs étatsuniens.